Diktats du poids : stop au cercle vicieux !

*diktat (définition dans le dictionnaire Larousse) : exigence absolue imposée par le plus fort au plus faible et n'ayant pour appui et justification que la force

Minceur

 

L’influence des tendances sur l’image de soi

Selfie 465563 1280Les tendances d’une époque correspondent à ce qui s’impose et se banalise à plusieurs niveaux : maquillage, coiffure, garde-robes…  Les diktats* de  la mode  dictent une ligne de conduite à adopter. Ils se propagent par les outils de communication : Internet, cinéma, télévision, magazines, et par les produits commercialisés. Les images ont un impact sur nous qui les prenons de plein fouet au quotidien, notamment par les publicités. 

Le sujet de tous les instants correspond à  l’apparence. Cette  mode de « la passion de soi » se répand  jusqu’aux réseaux sociaux où chacun dévoile son style et tout ce qui se rapporte à soi via le selfie.

Les lunettes ringardes à la Nana Mouskouri deviennent top tendance. La femme sexy est mise à l’honneur dans des tenues qui mettent ses formes en valeur, la touche de maquillage -même nude-s’impose comme indispensable, le sport entre dans les mœurs en instaurant le culte du corps…Le « paraître » est véhiculé de manière à ce qu’une reconnaissance s’installe.

Les modes changent avec les époques ; elles sont modulables et renouvelables. Quoi de plus normal ? Mais les exigences ne s’arrêtent plus aux parures éphémères, en ne suggérant que des looks. Elles s’attaquent au corps et insidieusement au poids. Quelles en sont les conséquences ?

 

Rondes versus minces : des déclencheurs de complexes 

Mince ronde Le buzz actuel vise les femmes fortes et leur bien-être : assumer ses formes, se trouver belle, attirer la mode vers les grandes tailles, démocratiser des concours de miss pour rondes,  en réponse à des clichés de mannequins très minces voire maigres. Le mot d’ordre de base ? Etre tolérant et accepter la différence.

Sauf que l’on constate souvent l’effet inverse et des prises de position radicales…

Certains plébiscitent encore plus la beauté de la minceur – en critiquant les personnes rondes- ce qui fait naître des complexes. Les femmes se focalisent sur le moindre mètre carré de leur corps. Quand certaines s’attardent sur leur embonpoint, la phobie des kilos s’installe.  Parfois, des attitudes dangereuses se multiplient : récemment, les médias ont fait état de femmes enceintes qui font tout pour ne pas prendre un gramme. Des émissions montrent des jeunes qui passent par de la chirurgie esthétique lourde pour modifier leur corps sans s’être renseignés en amont. Des jugements sur le « manger sainement » fusent.  Les individus, loin d’être objectifs face au reflet qu’ils dégagent, se retrouvent en souffrance  et prêts à tout pour atteindre une apparence fantasmée. Dans les cas extrêmes, des maladies liées à l’anorexie ou à la boulimie se développent.

A contrario, on remarque une discrimination positive : l’élévation de la femme dite « pulpeuse », quel que soit son surpoids.  Il arrive que des photographies fassent le tour du net en prônant les rondeurs. Rien de mal à cela. Sauf lorsque cela met en jeu la santé (pour les cas de forte obésité  ou d’obésité morbide par exemple) et que le réactionnaire pousse à s’assumer en incitant à ne pas maigrir.

Pire, on assiste peu à peu à une propagande visant à inverser la tendance. Pour parvenir à élever la femme présentant des rondeurs, on achève la femme mince -maigre- comme dans ce commentaire d’internaute ci-dessous !

Citation

Finalement, aucun message « peace and love » n’en découle. A la place, des débats sans queue ni tête et des amalgames sont ravivés.  Ce qui reste en mémoire ? Deux catégories de stéréotypes erronées : les minces synonymes d’anorexie ou de restrictions alimentaires et les rondes synonymes de boulimie, de malbouffe et de régimes. Les deux catégories se disputant le graal de beauté ou de laideur.

La diversité se retrouve perdante (personne maigre, menue, mince, avec ou sans formes, ronde, en surpoids, obèse) dans laquelle chacun est libre d’être en bonne ou en mauvaise santé, beau ou moins beau, avec des modes de vie variés. La réalité est pourtant là : il n’y a pas de « physique standard », de « morphologie standard »  ni de « mode de vie standard » à atteindre comme les publicités voudraient nous en convaincre. En photoshopant les photographies de stars, elles poussent les consommateurs à se comparer les uns aux autres et à rechercher à ressembler à « l’idéal » du moment.

Et tous ceux qui sortent du lot sont les cibles de clichés.

Clichés sur le poids, une méconnaissance de la santé physique ?

 pomme-connaissance nutritionChacun a en tête les réflexions clichées sur les minces : « tu ne manges pas beaucoup, tu dois te restreindre, tu dois avoir des carences… Tu es squelettique. Tu es boulimique ? Anorexique ? » Comme en témoigne A., une mince n’a pas le droit de ne pas avoir faim car « on pense instinctivement qu’elle mange peu. Elle n’a pas non plus le droit de manger une salade car on pense qu’elle fait attention. Et lorsque l’on constate qu’elle mange comme 4, on n’en croit pas ses yeux, on la prend pour une boulimique qui se fait vomir ou pour une accro aux salles de sport ».                                                                                                                                                                                                      Que dire des généralités sur les rondes : « elle se goinfre de cochonneries, elle mange trop et mal, elle ne se bouge pas assez, elle fait des régimes qui ne fonctionnent pas, elle est sous cortisone ?… »

Et s’il s’agissait d’une méprise due à une méconnaissance du corps et de son fonctionnement ? En effet, on ne peut instaurer un diktat de poids. Chacun est différent biologiquement, au niveau de ses besoins nutritionnels, de son mode de vie, de sa masse osseuse et musculaire, de l’absorption de son système digestif (certains conservent les graisses plus facilement que d’autres), de la variété de localisation des stocks adipeux (une personne prendra du ventre quand l’autre prendra des hanches), de son système hormonal…Même l’IMC (Indice de Masse Corporelle) est un indicateur peu fiable car il sous-entend que deux personnes de même taille et de même poids auraient la même corpulence.

« Je fais 48 kilos pour 1.60m, déclare M., et si j’en crois mon IMC, je serais en sous-poids… Je n’ai aucune carence. J’ai déjà eu trop de triglycérides sans prendre un gramme. Physiquement, je ne choque pas…Je suis juste fluette mais proportionnée correctement. Je ne fais pas de sport particulier. Je brûle les calories facilement surtout quand je stresse. Cela ne m’empêche pas d’être en bonne santé et d’aimer manger. J’ai un jour été choquée pendant que je faisais la queue dans un fast-food. J’avais pris deux gros hamburgers juste pour moi et j’ai entendu une nana s’écrier derrière moi : ce n’est pas possible, elle ne va pas manger tout ça !?  Les gens ne se rendent pas compte qu’ils nous blessent et qu’ils éveillent en nous des complexes par leurs propos déplacés».

 « J’ai longtemps été obèse, ajoute G., pourtant je ne m’empiffrais pas. J’ai commencé à grossir à l’âge de 6 ans, de manière héréditaire. Mon organisme avait tendance à stocker et à faire de la rétention d’eau. J’ai souffert des moqueries. A l’adolescence, j’ai voulu maigrir pour me sentir mieux dans ma peau et aussi pour plaire aux filles. Je me suis mis au sport intensif et j’ai perdu 30 kilos en 1 an mais je n’ai rien changé à mon alimentation. Aujourd’hui encore, je prends des kilos facilement et suis un peu « victime » de l’effet yoyo  selon mes activités -sédentarité au bureau…J’ai des péchés mignons mais pas au point de mal me nourrir. »

Decomplexees

Chacun est différent et ne se sentira bien dans ses baskets que s’il se focalise sur ses caractéristiques propres, s’il agit en fonction de ses besoins nutritionnels et physiques, de son bilan médical et de sa personnalité. Il est temps de vous décomplexer en prenant conscience du fonctionnement d’un système de consommation qui ne vous veut pas du bien (et qui en veut plutôt à votre porte-monnaie). En vous montrant ce que vous n’êtes pas et ce que vous devriez être, les publicités poussent à changer et à consommer.

Certaines célébrités n’hésitent plus à s’exhiber sans aucun artifice pour montrer qu’elles sont imparfaites et que quelle que soit son apparence physique, on peut révéler sa propre beauté aux autres et à soi (tout en préservant sa santé) et pas en suivant telle directive pour entrer dans un moule. Cesser de se comparer à l’autre et oser se regarder sans en faire une obsession. La beauté est subjective. A une époque, les femmes rondes étaient plus populaires que les minces. Aujourd’hui, la tendance s’est inversée…Et alors ? Le but n’est pas de rejeter les unes ou les autres mais d’apprendre à vivre plus intelligemment à côté des gens sans les juger.

M. D.

 voir aussi l'illustration : Profiter du menu sans culpabiliser ou Quelle attitude adopter

Photos libres prises sur Pixabay

 

santé minceur poids clichés stéréotypes réflexions jugements rondeurs surpoids obésité maigre anorexie boulimie complexes diktat mode tendance selfie pub star photoshop

1 vote. Moyenne 5.00 sur 5.

Commentaires (5)

Pauline
  • 1. Pauline | 04/12/2015
bravo
Anita
  • 2. Anita | 04/12/2015
Bravo Mimi
Muriel
  • 3. Muriel | 04/12/2015
Le paraître est une maladie très grave à notre époque
Cécilia
  • 4. Cécilia | 04/12/2015
Très bon article !
Lili
  • 5. Lili | 14/11/2014
Moi je dis bravo. Je suis totalement d'accord avec cet article. Chaque personne a un juste poids à atteindre et à conserver pour être en bonne santé et avoir une silhouette harmonieuse. MAIS CE POIIDS-LA LUI EST PROPRE. On choisit pas. C'est la nature qui décisde. Ce ne sera pas le même que celui de son voisin ou d'une "star" selon plusieurs paramètres : âge, hérédité, ossature...donc faut arrêter de juger à tout bout de champ. Et c'est vrai que les médias n'aident pas à décomplexer. C'est comme si on nous imposait une norme et qu'on a l'impression de ne jamais en faire partie. Faut pas oublier que nos jeunes sont les plus influençables avec ce qu'ils voient sur innternet et à la télé.

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

×