Critique du film -Tres metros sobre el cielo-

 (Trois mètres au-dessus du ciel)

Film espagnol de Fernando Gonzalez Molina, 2010

Genre : romance, drame

Fernando Gonzalez Molina réadapte le best-seller italien de Frederico Moccia Tre metri sopra il cielo (1992), édité au niveau international. Ce roman avait déjà été adapté au cinéma italien en 2004 par Luca Lucini.

  L’action ne se déroule plus en Italie mais en Espagne, au cœur de Barcelone.

  Le scénario est simple. Il est basé sur la naissance d’une relation sentimentale entre deux personnages que tout oppose. Hugo (Mario Casas) surnommé « H » vient d’un milieu modeste. C’est un jeune-homme à problèmes. Rebelle, il ne sait communiquer que par le poing. Son mode de vie se restreint à des réunions entre potes, à des rodéos nocturnes. Il ne jure que par son meilleur ami, surnommé Poulet (Alvaro Cervantes). L’absence de mère, l’indépendance du père et l’impuissance du frère face à ce personnage fermé et ingérable conditionnent les agissements d’un Hugo épris de liberté et dénué de morale. Mais ce qui rend l’histoire plus complexe, c’est le secret qu’il garde et qui lui pèse. On comprend alors que la violence est un moyen d’extérioriser une douloureuse déception. Le personnage a perdu toute confiance en autrui, si bien que son attachement ne se focalise que sur son bien le plus précieux : sa moto. Sa fuite perpétuelle sur l’engin lui permet de refouler sa colère et de nous offrir de jolies prises de vue. Son surnom « H »  semble refléter un problème identitaire et tranche sèchement avec sa vie passée, en gommant toute trace du jeune homme bien sous tout rapport qu’il était avant. On devine aussi que son apparence a changé, de la masse musculaire en passant par le look de mauvais garçon qui ne quitte pas sa veste en cuir.

Il rencontre Babi (Maria Valverde), lycéenne modèle et jeune-fille de bonne famille. Elle est encadrée par une mère stricte. Elle évolue dans un monde où on ne mélange pas son rang à la mauvaise graine. Dani, sa sœur, n’hésite pas à la couvrir pour lui permettre son émancipation.

  Les personnages sont stéréotypés et le scénario est loin d’être original. Le secret de « H » n’est sans doute pas à la hauteur du chamboulement du personnage. Le flash-back est dévoilé trop tôt sans réel suspense. Malgré cela, les protagonistes se révèlent attachants et le film, qui devrait ne viser que les plus jeunes, touche toutes les générations. Peut-être parce que l’histoire rappelle nos fantasmes d’adolescents et une insouciance perdue.  Peut-être parce que les émotions sont livrées à l’état brut, du rire aux larmes, de la douceur aux coups. Ou parce que la fin, moins prévisible qu’elle n’en a l’air, se veut plus fidèle à la vie réelle qu’à celle des contes de fées. Malgré un emballage de romance à l’eau de rose par lequel les jeunes n’ont aucun mal à s’identifier, le public est tenu en haleine. Des scènes d’échanges à la fenêtre marquent les esprits et fonctionnent comme des clins d’œil à un Roméo et Juliette des temps modernes. Tout cela accompagné de musiques remarquables et de jeux de lumière pleins de significations : l’obscurité pour l’état d’esprit d’Hugo et un monde plus coloré pour celui de Babi.

 Le film tente-t-il de livrer une morale aux jeunes pour les aider à grandir? La fin de l’enfance est caractérisée par l’arrachement des personnages au modèle maternel, par la naissance des premiers émois, l’écriture de leur propre histoire et par la voix-off de H qui a pris du recul.

Mario Casas s’illustre dans ce rôle de jeune homme à l’allure virile mais qui agit sous ses impulsions comme un enfant. Maria Valverde joue à la perfection une Babi naïve à l’aspect frêle qui devient peu à peu femme sans oublier ses principes malgré son aveuglement. Leur relation fonctionne comme un antidote en même temps qu’un poison.

Un besoin de liberté pour Babi. Un besoin de recadrage et de sérénité pour « H ». Chacun s’apporte cet équilibre. Une histoire d’amour qui fait rêver. Une réalité qui fait grandir. Le changement de soi.  La prise de conscience de ses actes parfois destructeurs. Des choix à faire entre raison et sentiments. Des battements de cœur qui font pousser des ailes à trois mètres au-dessus du ciel.

M. D.

Je m'engage à retirer toute image ne m'appartenant pas à la demande de son auteur.

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Commentaires (1)

Marilyned
  • 1. Marilyned | 31/01/2014
L'avez-vous lu ?
Je suis assez étonnée d’avoir été emportée par cette saga (il y a une suite « Tengo ganas de ti »). Mon esprit d’analyse a dépassé les clichés pour l’amour du cinéma espagnol. J’ai vu les deux parties de ce film lors de leur diffusion à la télévision en VF en juin dernier. Je me suis d’abord demandé pourquoi l’environnement était espagnol et les prénoms plutôt italiens avant de comprendre la réadaptation. J’ai trouvé que beaucoup de questions restaient sans réponse comme si les scènes avaient été coupées. J’ai donc décidé de lire les livres (mais tout en espagnol pour l’hispaniste que je suis). J’ai retrouvé toutes les scènes manquantes. J’ai constaté que le parti pris n’était pas le même. Dans le livre, Babi cède tout à Step (le prénom du personnage est Stefano et non plus Hugo) jusqu’à décider de ne plus le voir. Sa mère la met en garde mais ne décide pas à sa place, son père est moins laxiste. Step est beaucoup plus violent et impulsif. On aurait plus tendance à donner du crédit à Babi et à Raffaella plutôt qu’à Step même si Babi a plus de caractère dans le livre. Dans le film, les bons côtés d’Hugo sont davantage mis en avant au détriment des autres personnages de sorte que l’on retient plus facilement les caprices de Babi et les excès de Raffaella. Les 400 pages valent le détour car il est intéressant de noter les différences et les choix d’adaptation.
Il faudrait maintenant que je compare le tout à la version italienne de 2004.
Je trouve le titre « français » inadapté (Twilight love) car il a une connotation simpliste et réductrice. On aurait tendance à ranger le film dans une certaine catégorie, c’est pourquoi je ne l’ai pas cité dans la critique.

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