La langue française:enrichissement ou appauvrissement ?

 Depuis quelques années, force est de constater que les dictionnaires explosent de nouveaux mots. Les adeptes du « selfie » y trouvent désormais la définition. Serez-vous surpris si vous êtes catalogué de « troll » ou si votre patron vous demande « d’agender » ses rendez-vous ?

Anglicismes, culture geek, néologismes, acronymes, écriture SMS ou langage jeun’s contribuent à l’évolution de notre langue. Mais pas seulement. Les règles orthographiques et grammaticales ne cessent d’être chamboulées. Des simplifications graphiques telles que  « ognon » aux erreurs communément admises comme « malgré que » sont désormais officiellement acceptées par l’Académie française. Un sujet qui fait débat et qui n’est pas au goût de tout le monde ! Les Français sont-ils donc imaginatifs ou démissionnaires ? Nous avons confronté deux avis.

La langue frhashtagançaise ne sera pas moins riche demain

S. donne son avis : On ne peut garder notre langue intacte ! Elle est vivante, elle évolue !

Par exemple, on est obligé d’inventer des mots pour des outils qui n’existaient pas avant. Prenez le hashtag qui est anglais. On a tenté de préserver sa désignation française en inventant plusieurs variantes : mot-dièse, mot-clic et j’en passe. Malgré tout, c’est le mot anglais qui prend le dessus et qui s’intègre à notre quotidien car il est universel. On ne peut rien maîtriser. Il faut vivre avec son temps.  La langue a toujours subi des changements, du latin à nos jours. Elle est certainement vouée à disparaître telle qu’elle est aujourd’hui mais cela ne signifie pas qu’elle sera moins riche demain. On communique davantage mais autrement.

LangueUne évolution naturelle du français qui continue de faire son bout de chemin

On accuse les jeunes de pervertir la langue en la déformant, mais c’est une erreur ! Toutes les générations subissent des transformations langagières. Leur langage n’est qu’un parler ! Il y a quinze ans, nos parents sursautaient en nous entendant utiliser le verlan à base de  tebê/teubé  ou de zyva alors qu’ils se remémoraient  avec nostalgie l’argot de leurs parents. Aujourd’hui, ces mots-là sont déjà passés de mode et laissent place à de nouvelles expressions comme seum ou boloss. Crier au danger est un peu exagéré. Les Français sont juste bourrés d’imagination ! Pour moi, il n’y a ni enrichissement ni appauvrissement de la langue. Il n’y a qu’une évolution naturelle et logique du français qui continue de  faire son bout de chemin.  Des mots apparaissent, d’autres deviennent désuets. Certains reviennent d’ailleurs à la mode : procrastination, gabegie

parlez-vous françaisUn mal-parler qui déforme le socle de nos connaissances linguistiques

L. rétorque : Oui, on est obligé d’inventer des mots pour des outils qui n’existaient pas à la base. Et oui, on est influencé par d’autres langues. Mais l’inquiétude n’est pas là. Ce qui est dénonciable, ce n’est pas l’innovation de la langue, c’est le mal-parler qui déforme le socle de nos connaissances linguistiques ! Il ne faut pas se leurrer. Le niveau est en baisse constante.

Je ne suis pas d’accord avec l’idée qu’on ne peut rien maîtriser. J’ai cette impression désagréable qu’on ne laisse pas la langue évoluer mais qu’on nous impose ce qu’on croit être une évolution. C’est celui qui ne maîtrise pas la langue qui a gain de cause parce qu’on baisse les bras. Prenons l’exemple connu de « bravitude » ! Une politicienne fait une erreur et au lieu de la corriger, on intègre son « invention » dans le dictionnaire comme s’il s’agissait d’un progrès.

P1040040La syntaxe, la grammaire et l’orthographe à l’abandon

Au-delà des mots, c’est l’abandon de la syntaxe, de la grammaire et de l’orthographe qui pose problème. A force de tolérer des écarts, on véhicule une mauvaise image de ce qu’est la langue. On laisse penser aux gens que les règles ne servent à rien et qu’on peut les modifier à sa guise. On se cache derrière l’excuse bidon : « une majorité fait cette erreur alors désormais, on peut la banaliser, ce n’est pas grave ».

Dès l’école, on bombarde les enfants de règles qui sont censées déclencher des automatismes : « Avec le verbe avoir, on n’accorde pas et avec le verbe être, on accorde ! » Oui,  mais leur explique-t-on pourquoi ? Les règles sont vues comme une punition dénuée de sens qui a été inventée pour les embêter. Il suffirait pourtant d’expliquer que la langue fonctionne de deux manières : par logique et par héritage. Pas question de toucher aux règles logiques. En conjugaison, accorder le verbe « avoir » quand le COD le précède par exemple est empli de signification. Mais accepter « ils croivent » en le comparant à « ils boivent » est une aberration ! « Boire » fonctionne comme le verbe pouvoir : nous buvons, ils boivent - nous pouvons, ils peuvent. En revanche, « croire » ne se conjugue pas de la même façon. Nous croyons - ils croient fonctionne comme Nous voyons - ils voient.  Ces transformations ne génèrent que davantage d’incompréhensions puisque les repères logiques sont modifiés.

 En revanche, pour ce qui est de simplifier « oignon » en retirant le –i, pourquoi pas puisque l’on touche à un héritage graphique qui ne porte pas de logique particulière.  Ce –i était lui-même la trace d’une modification par le langage populaire au Moyen-Age !

Mn 3Faire aimer une langue trop souvent bafouée

Certes, on ne peut pas aller à l’encontre de l’évolution de la langue et il est même parfois utile de la simplifier. Ce que je regrette, c’est que l’on tende à généraliser le phénomène à mauvais escient en empiétant sur les fondations mêmes de la langue française ! Cela entraîne un désintérêt pour le français. Il est jugé trop complexe parce qu’incompris. Cela donne une excuse à ceux qui ne le maîtrisent pas pour ne pas faire d’efforts. La preuve : dès que l’un tente de corriger l’autre, le premier est jeté en pâture.

Assimiler la langue, c’est un tout. C’est apprendre à construire et à formuler clairement sa pensée. C’est éviter les quiproquos qui engendrent des conflits. C’est s’ouvrir au monde et au fonctionnement des autres langues. A mon sens, on ne peut maîtriser une langue étrangère que lorsque l’on comprend le fonctionnement de la sienne propre.

On ne demande pas à faire des gens des élites ou des dictionnaires vivants, on ne demande qu’à faire aimer une langue trop souvent bafouée. Parler, lire et écrire correctement en employant du vocabulaire, en produisant des phrases, ce n’est pas mettre un mot derrière l’autre. C’est s’initier à la logique, se construire en tant que sujet pensant et libre de s’exprimer comme il le souhaite.

 

Et vous, quel est votre avis sur la question ?

 M. D.

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évolution langue française

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Commentaires (5)

Vanessa
  • 1. Vanessa | 16/06/2015
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Mary
  • 2. Mary | 02/06/2014
Personnellement, je constate un certain laxisme. Pour lire tous les jours des lettres de motivation bourrées de fautes d'orthographe et de syntaxe (de la part de gens qui postulent pour devenir enseignants dans le 1er et le 2nd degré), je peux affirmer que si je m'arrachais les cheveux à chacune de mes lectures, il ne me resterait pas un poil sur le caillou.
jenni
  • 3. jenni | 01/06/2014
Et merde... c'est pas sur ce genre de sujet qu'il fallait faire des fautes de conjugaison :$ ouuuuups
jenni
  • 4. jenni | 01/06/2014
Juste une petite remarque : sur la fin tu dis qu'assimiler une langue c'est "éviter les quiproquos qui engendrent des conflits". Eh bien parfois la langue française (et d'autres) provoquent des quiproquos !! Exemple : le vous du pluriel et le vous du vouvoiement - ce n'est qu'un exemple, j'en ai d'autres ;)
Je me dis souvent qu'on pourrait parfois améliorer la langue pour en finir avec ces quiproquos là... Mais bien entendu, le jour où il y aura ce genre de réforme, je désapprouverai par pure nostalgie
Aurore
  • 5. Aurore | 01/06/2014
Sauf erreur de ma part, il ne me semble pas que la "bravitude" de Royal ait intégré de dictionnaire officiel. Pas plus que la "méprisance" de Sarkozy.

Il y a deux sujets très différents dans ce débat : celui des anglicismes, et celui de la généralisation des fautes de français. Je vois dans le premier une ouverture - et donc un enrichissement - de la langue, et son appauvrissement dans le second. La beauté du vocabulaire français réside en partie dans l'intelligence de l'étymologie, et la beauté de sa grammaire dans la logique subtile de sa syntaxe. Décréter notre langue trop compliquée, à une époque où chacun a accès à l'instruction et à la lecture, c'est au pire insulter l'intelligence de ceux qui l'apprennent, eu mieux cautionner la paresse. Cela dit, je n'ai pas l'impression qu'un tel laxisme tende à se généraliser.

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