Les oubliés de la loi Sauvadet

 La loi Sauvadet datant du 12 mars 2012 et désormais applicable prévoit la titularisation ou la « cédéisation »  des contractuels dans la fonction publique sous certaines conditions. Cette loi est censée lutter contre la précarité et les inégalités. En effet, l’enseignement supérieur (parmi d’autres) nous a habitués aux renouvellements des contrats à durée déterminée ad vitam aeternam ne permettant pas aux salariés d’obtenir une situation stable. Une personne sur quatre serait dans une situation précaire. On pourrait croire que les mesures prises réduisent les probabilités des contractuels de se retrouver à la porte du jour au lendemain.

Or, les jeunes diplômés ayant signé un contrat renouvelable tous les ans,  avec une expérience de moins de six ans dans un établissement, n’ont pas leur mot à dire. A la rue du jour au lendemain, ils n’ont d’autres choix que d’aller voir ailleurs : « Pour les besoins de continuité du service, des agents contractuels peuvent être recrutés pour faire face à une vacance temporaire d'emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire. Le contrat est conclu pour une durée déterminée qui ne peut excéder un an […] Sa durée peut être prolongée, dans la limite d'une durée totale de deux ans, lorsque, […], la procédure de recrutement pour pourvoir l'emploi par un fonctionnaire n'a pu aboutir (article 37). »

Pousser les gens à passer les concours pour être titularisés, voilà l’argument des politiques. Mais au vu du nombre de places aux concours et du taux de réussite, on peut se demander si des solutions pour ce cas de figure ont réellement été envisagées.

Rz 8Le chemin vers la titularisation ou vers la porte de sortie

 T., contractuel depuis bientôt deux ans témoigne : « Lorsque j’ai obtenu mon master, je n’ai pas réussi à trouver de travail dans ma branche. Je me suis rabattu sur un poste de contractuel dans mon université. En un an, j’ai passé les concours mais l’échec a été à la clef. Ce n’est pas parce qu’on a un bac + 5 qu’on est avantagé. Hélas, le nombre de postulants est démesuré face au nombre d’admissions. En 2012, dans l’académie de Créteil, le seuil de réussite du concours d’adjoint administratif a été d’à peine 30% avec un taux d’admissibilité de 19%. A l’écrit, nous étions 800 inscrits de tous horizons pour 40 postes.

En tant que contractuel, il y avait toujours un risque de ne pas être renouvelé mais il était infime. Tant qu’on avait besoin de nous, il y avait du travail. Et même quand le poste que l’on occupait était voué à disparaître, un autre était à pourvoir. L’université possède beaucoup de sites. Avec cette loi, si je n’obtiens pas un concours externe d’ici la fin de mon contrat, je serai mis dehors, sans ressources. Mais si tous ceux qui se trouvent dans mon cas tentent les concours alors nous serons encore plus nombreux pour peu de postes à pourvoir.

Je n’aurai même pas la possibilité de postuler sur un autre site car il appartient au même établissement. Je ne peux pas non plus passer de concours interne car il faut avoir trois ans d’ancienneté. Je vis encore chez mes parents par manque de moyens. Je ne sais pas ce que je vais devenir. »

Rz 81Chômeur, ça va un temps, CDD c'est mieux

« Quand vous cherchez un appartement, raconte K., le système est redoutable. Avec un CDD, on ne vous donne pas votre chance. Vous comptez pour du beurre.

D’ici quelques mois, j’aurai atteint le chiffre maximal autorisé en termes de renouvellements. Honnêtement, je ne vois pas comment je m’en sortirai mieux pour pouvoir me loger. J’ai fait une demande de logement social mais je sais que ça peut prendre des années. Etre en CDD, ce n’était peut-être pas « le pied » mais ça laissait une possibilité de s’insérer dans le monde du travail et de faire ses preuves en attendant de trouver mieux. A force de nous montrer que personne n’est irremplaçable, on finit par croire qu’on n’a notre place nulle part. »

M. a eu plus de chance. Elle a obtenu son concours. Voici ce qu’elle en pense :

 « J’ai obtenu un concours administratif mais ce n’est qu’aujourd’hui que je réalise à quel point j’ai eu de la chance. Il y a un an, lorsque j’ai été embauchée en tant que contractuelle, j’ai soulevé des montagnes pour trouver un poste en adéquation avec mes attentes. Ni les diplômes ni l’expérience ne me manquent mais ce n’était pas « suffisant ».

L’université m’a permis de ne pas toucher le fond grâce à ce travail et de continuer à réaliser mes projets. Lorsque j’ai cherché un appartement avec mon fiancé, toutes les portes m’ont été claquées au nez. Un seul propriétaire a bien voulu nous donner notre chance pour démarrer notre vie à deux. Il connaissait le système de renouvellement de l’éducation nationale.

Si je suis partie de chez mes parents, c’est parce que j’avais l’assurance d’être renouvelée tous les ans. Je savais que je pouvais payer mon loyer. Je pense sans arrêt à la situation dans laquelle nous serions si, à mon grand malheur, je n’avais pas réussi le concours…

Etre en activité influe grandement sur le moral et sur son envie d’aller de l’avant. Préparer les concours est bien plus envisageable avec une formation sur le terrain en tant que contractuel plutôt que de travailler chez soi sur des sujets que l'on ignore totalement. Se retrouver sans rien, même dans l’optique de chercher un autre poste rapidement, peut ramener au point de départ. La loi Sauvadet, bout du tunnel pour certains, dénuement pour d’autres ?

Et si la précarité se transformait en misère ?

 

M.D.

<a href="http://www.photo-libre.fr">Photos Libres</a>

loi Sauvadet

1 vote. Moyenne 3.00 sur 5.

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

×